Il y a une odeur qu’on ne sait pas nommer la première fois. Quelque chose d’animal, de terreux, de légèrement sucré. Elle arrive avant le marché, dans les ruelles qui mènent au Cortile della Maddalena, portée par l’air froid du matin. On comprend alors pourquoi les gens font des centaines de kilomètres pour ça.
C’est un samedi d’octobre à Alba. Il est neuf heures.
Ce qu’est la Fiera, exactement
La Fiera Internazionale del Tartufo Bianco d’Alba existe depuis 1929. Elle a commencé comme une foire agricole régionale, adossée aux vendanges, et elle est devenue au fil des décennies le rendez-vous mondial de la truffe blanche. Pas un symbole. Un marché réel, avec des vendeurs sérieux, des acheteurs professionnels et, dans les allées, quelques centaines de visiteurs qui regardent sans toujours comprendre ce qu’ils voient.
En 2026, le marché se tient du 10 octobre au 6 décembre, chaque samedi et dimanche. Le samedi de 9h30 à 19h30, le dimanche de 9h30 à 19h. L’entrée se fait piazza Falcone, dans le Cortile della Maddalena — la cour intérieure du complexe culturel d’Alba, via Vittorio Emanuele. Le lieu change de nature en automne. Le reste de l’année, c’est une bibliothèque, un musée, une salle de concert. En octobre, c’est l’épicentre de quelque chose d’autre.
À l’intérieur, les stands sont sobres. Des tables, des caisses de verre, des truffes posées sur du papier blanc. Chaque spécimen est certifié par la Commission des Juges du Tartufo — une procédure qui garantit l’origine et la qualité, et qui distingue le marché d’Alba de tous les autres. Les prix ne sont pas affichés systématiquement. On demande. On regarde la taille, la forme, la couleur. On peut sentir, si on ose demander.
Cette saison, les cours oscillent entre 3 500 et 6 000 euros le kilo selon la qualité et la récolte. Les années difficiles — sécheresse estivale, automne trop humide — poussent les prix vers le haut. Les bonnes années, on trouve des spécimens d’une centaine de grammes pour trois cents euros. Ce n’est pas donné. C’est ce que ça coûte.
Ce qui se passe autour, et qui compte autant
Le vrai marché d’Alba n’est pas seulement dans le Cortile. Il déborde.
Le samedi matin, piazza Savona et dans les rues adjacentes, les habitants font leurs courses comme chaque semaine. Légumes, fromages, viande, conserves. Les locaux n’entrent pas à la Fiera. Ils ont leurs cavatori, leurs contacts directs, leurs truffes achetées autrement. Ce marché ordinaire, à deux minutes du Cortile, vaut le détour pour ce qu’il dit sur la ville : Alba n’est pas un décor, c’est un endroit où l’on vit.
À vingt kilomètres au sud, les collines de Barolo et de Barbaresco ouvrent leurs caves le week-end. Certains domaines reçoivent sur rendez-vous — Giacomo Conterno à Monforte d’Alba, Massolino à Serralunga — d’autres acceptent les visites spontanées en dehors des heures de rush. La combinaison truffe le matin, cave l’après-midi est l’itinéraire le plus cohérent pour une journée dans les Langhe. Elle demande un minimum de préparation, mais rien d’inaccessible.
Les restaurants d’Alba sortent leurs menus truffés dès la première semaine d’octobre. Tous ne méritent pas la même attention. Ceux qui achètent au marché le matin même pour le service du midi ont une fraîcheur que les autres n’ont pas — la truffe blanche ne se conserve pas plus de dix jours et perd ses arômes heure par heure. Piazza Duomo, une étoile Michelin sur la piazza Risorgimento, travaille avec les cavatori des Langhe depuis des années. L’Osteria dell’Arco, via Vittorio Emanuele, est plus accessible et tout aussi sérieux dans ce qu’il fait avec le produit.
Comment s’y prendre
Arriver avant dix heures. C’est la règle la plus simple et la plus utile. Avant cette heure, le Cortile appartient encore aux professionnels : restaurateurs, importateurs, acheteurs venus de Tokyo ou de New York. On observe, on entend parler plusieurs langues autour des mêmes caisses de verre, on comprend quelque chose sur la valeur de ce qu’on regarde.
Après onze heures, les cars arrivent. Le marché change de nature. C’est toujours bien, mais c’est différent.
Les week-ends de Fiera, une partie du centre historique d’Alba est fermée à la circulation. Il vaut mieux garer à l’extérieur de la ville — le parking de la zone commerciale au nord ou le long du Tanaro — et marcher dix minutes. Le temps qu’on met à chercher une place dans le centre, on serait déjà à l’intérieur.
Prévoir au minimum deux heures pour le Cortile seul. Une journée entière si l’on combine avec une cave, un déjeuner qui dure et une promenade dans les collines l’après-midi. C’est le rythme naturel d’un samedi dans les Langhe en octobre. Rien ne presse. Tout a été préparé pour que vous vous arrêtiez.
Pour aller plus loin
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Checklist pratique
- Dates 2026 : chaque samedi et dimanche du 10 octobre au 6 décembre
- Lieu : Cortile della Maddalena, entrée piazza Falcone, Alba (CN)
- Horaires : samedi 9h30–19h30 / dimanche 9h30–19h
- Prix indicatifs : 3 500 à 6 000 € le kilo selon qualité et récolte
- Restaurants à proximité : Piazza Duomo (piazza Risorgimento 4), Osteria dell’Arco (via Vittorio Emanuele 33)
- Caves proches : Massolino à Serralunga d’Alba (sur RDV), Conterno Fantino à Monforte d’Alba
- Conseil : arriver avant 10h, garer hors du centre
Il repart en début d’après-midi. La truffe est dans un sac en papier brun, enveloppée dans un torchon. Il ne sait pas encore ce qu’il va en faire. Il sait qu’il a jusqu’à mercredi, jeudi au plus tard.
Dans la voiture, ça sent déjà autre chose.